Pourquoi Toufik est l’agent de Tartag

<img src="image.jpg" alt="Mohamed Mediene dit Toufik" />

Publié le 3 avril 2019

Abdelaziz Bouteflika s’en va mais le système politique dont il a été le porte-flambeau pendant vingt-ans, demeure.  On vient de mettre fin juste à l’assistance médicale d’un homme déjà fini depuis longtemps.  Bouteflika avait quitté la scène depuis son retour de l’hôpital du Val-de-Grâce à l’été 2013. Ne survivait que son nom à travers les décisions, les lettres et les communiqués qu’on a eu de cesse de lui attribuer. Face à cette absence ou plutôt  face à cette présence fantomatique qui a persisté dans le temps, le DSS de Tartag et une partie de l’opposition ont distillé, et ce, pour des raisons différentes, un discours imputant tous les malheurs du pays à Saïd Bouteflika, frère cadet du chef de l’Etat invalide.  Certes, Saïd  et son autre frère se sont distingués par leur arrogance et leur pillage des deniers publics, mais de là à en faire des décideurs, il n’y a qu’un pas que beaucoup ont souvent franchi.

 

C’est oublier que les Bouteflika sont les produits du système. On aura d’ailleurs remarqué que la mobilisation anti-5e mandat  s’est d’autant plus raffermie que ces figures honnies furent  prises pour cible de critiques virulentes pendant de longues années. Les influenceurs des réseaux sociaux  et adeptes du « dégage ! » savaient que la meilleure façon de mobiliser la jeunesse est de tirer constamment à boulets rouges sur la fratrie Bouteflika.  Des individualités comme Lotfi Double Kanon, Amir DZ, chacun avec son style propre, ont accompli dans ce sens un travail remarquable. Le mouvement Rachad mais aussi d’autres courants « laïques » ont également contribué à répandre l’idée parmi les jeunes que Saïd est le véritable patron de l’Algérie et que le général Gaïd Salah n’est qu’un pion sous son joug qui risquait de perdre et son grade et sa place.

S’il est vrai que la communication fonctionne à plein régime, et que cela permet de galvaniser les esprits, on fait cependant l’économie de faire entrevoir au public les véritables enjeux de l’heure.

Le fait de concentrer les attaques contre Saïd Bouteflika peut s’avérer à terme contre-productif, parce que c’est une lame à double tranchant. Gaïd Salah aura beau jeu de procéder à son arrestation et faire tomber quelques têtes oligarques pour tenter de se refaire une virginité politique, calmer la rue et casser la dynamique populaire du 22 février.

Qu’on ne se méprenne pas, les frères Bouteflika sont venus pour camoufler le fait que ce sont les services de renseignement de l’Etat-major et du DSS qui gouvernent le pays en sous-main et ce depuis 2013.  Dans ces conditions, il est inutile de demander l’application de la constitution.  Celle-ci est piétinée chaque jour. L’ex-premier Ouyahia, reconnaît lui-même que ce sont les forces extra-constitutionnelles, autrement dit les services, qui l’ont poussé à soutenir le 5e mandat. Il est aussi inutile de dénoncer le fait que le vice-ministre de la Défense et chef d’Etat-major de l’armée occupe l’espace politique. L’armée est déjà à la tête de l’Etat.  La seule demande que l’on puisse lui adresser c’est de s’occuper de la Défense et de l’intégrité du territoire  et de remettre le pouvoir entre les mains des civils.  Au reste, une nouvelle catégorie sémantique caractérisant le pouvoir en place a fait son apparition ces dernières années : « les réseaux de Toufik ». Une métaphore qui pointe le DSS de Tartag et les services de l’Etat-major.

Toujours est-il que la politique est une chose trop sérieuse pour être confiée à des agents de renseignements. On en a la preuve avec toute cette série d’événements ubuesques qui ont rythmé  la vie politique de ces derniers mois. Tartag, patron du DSS a voulu imposer le général Liamine Zeroual pour conduire la transition. N’étant pas d’accord avec cette démarche, Gaïd Salah avait répliqué en demandant publiquement l’application de l’article 102 de la constitution. Le jour même où il lança son appel à l’adresse du Conseil constitutionnel, ses services ont produit une fake-news disant que Tartag avait démissionné de son poste, contraignant ainsi  ce dernier à faire un démenti le lendemain. Voyant que non seulement son souhait ne s’est pas réalisé, mais que le camp adverse tenait une réunion avec Zeroual, le chef de l’Etat-major fut contraint en ce 30 mars de brandir publiquement la menace de représailles sur les participants. Chourouq TV fut instruite moyennant quelques mensonges, de donner les noms que Gaïd Salah avait pris soin de passer sous silence.  Si on ne sait pas quelles concessions se sont faites mutuellement les deux parties, on a cependant des indices qui permettent de dire que l’arrangement auquel elles se seraient parvenues est fragile. Et pour cause, Tartag a tenu à rendre la monnaie de la pièce à Gaïd Salah en faisant courir le bruit que le président Bouteflika l’avait démis de ses fonctions. Toujours est-il que c’est l’option de la démission (défendue par Tartag) qui a été entérinée au lieu de la mise à l’œuvre de l’article 102. Sur ces entrefaites, Zeroual a compris qu’il n’est soutenu ni par l’armée ni par la population. Le coup de publicité qu’a voulu lui faire le DSS pendant les  manifestations à Batna, aura été vain.    

 Le mouvement populaire qui a pris conscience que les affaires du pays se traitent comme dans un jeu de ping-pong saura rejeter ces deux pôles du pouvoir dont l’action a nui grandement à la stabilité de l’Algérie. Il serait désastreux de soutenir un clan contre un autre comme les partis politiques l’ont toujours fait. C’est à ce niveau que le « Dégage ! » prend tout son sens.  

Toufik agent de Tartag

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, Mohamed Mediene, alias Toufik, appelé aussi Rrab Dzayer (Dieu de l’Algérie) au temps de sa gloire, est un Dieu mort. L’idée même qu’il ait pu garder son pouvoir malgré son limogeage est insensée.

Tartag a fait appel à lui parce qu’il le connaît très bien. Ayant été sous ses ordres, il le voyait comme le seul à même de convaincre Zeroual de présider le processus de transition. Au reste, nombre d’observateurs se sont contentés de lire au premier degré le communiqué que l’ex-chef de l’Etat a rendu public après l’échec de la réunion. Quand Zeroual affirme qu’on lui a proposé la conduite de la transition avec l’accord de Saïd Bouteflika, il veut ménager un responsable en activité : Bachir Tartag. Il vaut mieux sacrifier une personnalité à la retraite que pointer du doigt un responsable officiel. En tant qu’ancien chef d’Etat, Zeroual sait qu’il est tenu d’observer une réserve à l’égard d’un dirigeant d’une institution de la République. Et puis un général, et de surcroit un ancien président de la République ne noue jamais d’accord avec une personnalité fût-elle le frère d’un président en exercice, qui, en plus de n’avoir aucun poste officiel, ne jouit pas d’un statut équivalent au sien.  Force est d’admettre que Toufik a cru devoir accomplir une mission impossible. Il a adopté l’attitude contraire à celle de Kasdi Merbah qui a payé de sa vie en voulant renverser le système.  

Larbi Graïne

 

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Cet article a 1 commentaire

  1. Par cette analyse vous essayez de dédouaner la fratrie Boutef et mettre la situation actuelle sur le dos de Tartag. Moi je pense que la fratrie Boutef est la seule responsable de la situation politique, économique et sociale du pays.

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