Le temps, le pouvoir, Abdou Semmar et Amir DZ

<img src="image.jpg" alt="Abdou Semmar" />Publié le 30 octobre 2018

Le désordre qui sévit actuellement à Alger annonce la fin d’un règne longtemps anesthésié par un sommeil de momie. L’obsolescence a frappé le pouvoir et son opposition. Le temps démolisseur mène inexorablement vers la mort politique. La médecine anti-âge pour prolonger artificiellement la durée de vie du régime n’y peut rien. Tout dégénère et s’altère. L’usure est inéluctable. Jamais système politique n’a paru mieux refléter comme un miroir le corps dégradé du souverain. Bouteflika est l’image biologique du régime politique algérien. Le temps a fait son œuvre érosive. Tout se délite. Les représentations politiques des différents acteurs : le président de la république, le président de l’assemblée nationale, le DRS ou le DSS, l’armée, les partis politiques, les députés… On ne les voit plus de la même manière. Le système a subi les assauts du temps. La sénatrice Louisette Ighilahriz, visage raviné n’en peut plus. Elle qui a enduré les tortures durant l’époque coloniale, dit ne pas avoir le droit de rencontrer Bouteflika qui, selon elle est devenu « invisible ». Le temps ce grand sculpteur (dixit Marguerite Yourcenar) a ainsi dessiné une sorte de topographie des ruines. Les programmes qui s’appuient sur la manipulation des esprits tombent eux-mêmes en désuétude. Les  rideaux délabrés se sont effrités découvrant ceux qui actionnent les marionnettes. Une pluralité artificielle de médias à l’image de la pluralité partisane ; promeut une information au rabais à laquelle seules quelques voix ont pu échapper. Parmi celles-ci, celles d’Abdou Semmar, Adlène Mellah et Merouane Boudiab, figures emblématiques de la néo-presse algérienne qui se sont illustrées dans les enquêtes sur la corruption. Alors que l’on s’empressait à les arrêter et à les traduire devant le tribunal, le tribunal du peuple à travers les réseaux sociaux avait rendu son verdict en leur faveur. Les Algériens avaient très vite saisi la théâtralité et la tonalité policière du show médiatique. Les menottes à la main, le journalisme d’Abdou Semmar et la cyberdissidence d’Amir Dz ont été réunis côte à côte. La présence parmi les prévenus du très populaire comédien Kamel Bouakaz et de l’ex joueur de football, Fodil Dob, confère à cette supposée bande un air de familiarité domestique. Les visages sont frais, jeunes et même souriants. La question de savoir si les intéressés ont commis un délit ne se pose même pas tant il apparaît aux yeux de tous que c’est le pouvoir qui vient d’en commettre un. Les images diffusées en boucle par Ennahar ont donc révulsé des centaines de milliers de jeunes et de moins jeunes qui ont tout de suite compris de quoi il retourne. Ceux qui dénoncent la corruption ont leur place en prison, mais les voleurs et les brigands sont libres de leur mouvement, voilà le message que tout le monde a perçu. Décrépitude du pouvoir mais aussi décrépitude de l’opposition parlementaire qui paraît participer d’une forme de corruption. Celle-ci fait tout son possible pour échapper à la mort politique qui la guette. La seule issue possible qu’elle entrevoit est de jouer le jeu de la continuité et ce, dans l’espoir de reprendre des forces et de repartir du bon pied. Informée par de multiples canaux du véritable état de santé du chef de l’Etat, cette opposition n’a pas les ressources politiques nécessaires pour porter le problème sur la place publique. Des tentatives dans ce sens ont été effectuées mais toutes ont échoué.  Le système a fait des députés des salariés de luxe aux ordres de leur employeur. Rémunérés à plus de 20 fois du SNMG, les députés plus cooptés qu’élus grâce aux quotas attribués aux partis, sont en réalité des fonctionnaires payés pour faire de l’opposition. La longévité dont ils jouissent, ils la doivent à cette rente de situation qui leur garantit un confort exceptionnel au quotidien. L’échec électoral répétitif depuis l’instauration du multipartisme en 1989 n’arrête pas leur carrière du moment qu’ils sont assurés d’obtenir leur part du gâteau après chaque débâcle. Mais à la longue l’encadrement vieillit, la doctrine s’affaiblit, la politique mute en une politique du ventre. Conséquence : les jeunes et les cadres de valeur quittent les rangs. C’est ainsi que Madame Louisa Hanoune, (28 ans à la tête de son parti et députée depuis 21 ans) a battu le record de longévité politique établi par Bouteflika (19 ans). L’opposition parlementaire n’est donc qu’un pendant du régime politique dont elle irrigue les actes et les pratiques, participant ainsi à l’œuvre d’auto-démolition générale en devenant aussi maladroite que le pouvoir qu’elle est censée combattre. Elle aurait pu toutefois sauver son âme si elle avait rompu avec ce parlementarisme sans objet. Mais à l’image des apparatchiks FLN du système, elle se délite et s’effrite sous l’effet du vieillissement. Avec le temps qui est passé, le régime dans son ensemble apparaît comme se dressant contre la jeunesse qu’il pousse à l’émeute et à l’exil. Ce qui a dû l’effrayer, c’est l’idée que cette jeunesse puisse s’accaparer de la cyberdissidence et du journalisme. Pour s’en convaincre il faut se rappeler la lourde peine dont a écopé le bloggeur Merzoug Touati, accusé de manigances avec les juifs. La cyberdissidence en route, la révolution du jasmin n’a-t-elle pas commencé de cette manière ?   

Larbi Graïne

  • 2
  •  
  •  
  •   
  •  
    2
    Partages
  •  
    2
    Partages
  • 2
  •  
  •  
  •  

Cet article a 1 commentaire

  1. il y a toujours un temp faire quoi que ce soit…..
    pour manger
    pour dormir
    pour travailler
    pour ce reposer…….
    pour regner…..mener….gerer…
    et pour disparaitre
    comme cela s est passe en grece …ou les colonnels faisaient la pluies et le beau temp….
    il est arrivé le temp ou ils devaient disparaitre
    le peuple s est soulevé et les fait disparaitre……
    c est ce qui va se passer en algérie inchallah

Laisser un commentaire

Fermer le panneau
Follow @larbigra