Tartag joue et gagne

<img src="image.jpg" alt="Athmane Tartag" />Publié le 28 juin 2018

Réactualisé le 29 juin 2018

La chute du général-major Hamel, chef de la Police est probablement due aux services de Tartag qui tentent de peser de leur poids face à l’Etat-major de l’armée en prévision de l’élection présidentielle de 2019.  Beaucoup d’encre a coulé sur la dissolution du DRS et son remplacement par le DSS. Cette histoire pourrait être véridique, mais cela n’a aucune importance. Il s’agit d’une réorganisation interne qui ne sacrifie en rien sa mission de police politique. Ce nouveau coup du DSS rappelle les pratiques de l’ancien DRS. En 2010 Chakib Khalil avait été contraint à la démission suite à des accusations de corruption. Si l’on revient à notre affaire, voici pour résumer ce qu’en dit la presse. L’opération d’abordage du navire qui transportait les 701 kg de cocaïne a été menée par les forces spéciales de la marine algérienne. De telles informations donnent à penser que cette opération a été ordonnée par le DSS lui-même vu qu’il s’agit d’une intervention touchant à l’international, c’est-à-dire le contre-espionnage, domaine sur lequel les services de Tartag ont un droit de regard. Le DSS devait donc être au courant de la nature de la cargaison qui se trouvait à bord du navire. D’ailleurs, il ne serait pas un organisme digne du renseignement si une telle quantité de drogue était arrivée à destination sans qu’il n’ait été alerté par ses antennes à l’étranger. Toujours est-il qu’il en résulte de cette histoire que  Gaïd-Salah perd un allié de taille.  

Post-scriptum 

Hamel était-il déjà dans le collimateur des autorités ? L’information selon laquelle son chauffeur personnel était impliqué dans cette affaire avait circulé dans la presse. Elle a été vite démentie par la Direction générale de la sûreté nationale qui avait précisé que la personne incriminée était un employé de son parc automobile et non le chauffeur personnel du chef de la police.

Quelques heures avant son limogeage, comme s’il avait pressenti  le coup, Hamel déclarait à la presse « Celui qui doit lutter contre la corruption doit être propre ». Il affirmera que l’institution qu’il dirige est disposée à remettre à la Justice des dossiers qui sont en sa possession sur la même affaire. Or le chef de la police savait que l’enquête a été confiée à la gendarmerie. Pourquoi il ne pensait pas remettre ces dossiers ou du moins une copie de ces dossiers à l’institution chargée de l’enquête ?  

Il faut reconnaître que le style de communication de Hamel est loin de correspondre à celui auquel nous ont accoutumé les hauts fonctionnaires algériens. D’habitude en pareil cas, on se gardait de faire publiquement des déclarations susceptibles d’accréditer l’idée de l’existence en haut lieu de désaccord et de luttes sourdes. Cette manière d’agir a dû précipiter sa chute quoiqu’elle aurait été inévitable. En 2014, Hamel était déjà sur la corde raide quand des milliers de policiers sont sortis dans la rue à travers tout le pays pour réclamer son départ. Protestant contre les mauvaises conditions de travail, les agents de l’ordre sont allés jusqu’à se masser sous les grilles du siège de la présidence de la République. Dans une contribution parue à l’époque dans El Watan dont je me souviens de mémoire, Maître Ali Yahia Abdenour, ex président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme, avait prédit pour tôt au tard la chute de Hamel dont on disait qu’il est le potentiel successeur de Bouteflika. Qu’est-ce qui a changé depuis pour que le départ du chef de la DGSN intervienne à ce moment précis ?   Est-ce parce que le chef de l’État terrassé par la maladie, n’a plus les ressources mentales pour lui venir en aide ?  Ou est-ce que Hamel a commis quelque impair à la tête de la DGSN ? Ou bien la vérité se situe entre les deux ?  Si vraiment l’ancien chef de la police s’est rendu coupable d’un quelconque délit, pourquoi alors il n’est pas sanctionné ? Toujours est-il qu’après le départ de Hamel, il y a eu cet appel du premier ministre Ahmed Ouyahia, exhortant la gendarmerie et la police à « coordonner leurs actions et à renforcer leurs efforts » pour faire aboutir l’enquête. Cet appel  a de quoi laisser perplexe. Cela fait supposer, entre autres, qu’El-Habiri qui a remplacé Hamel à la tête de la DGSN a des difficultés pour accéder aux dossiers que ce dernier affirmait détenir. On peut multiplier les questions au vu des dérapages et dérives constatées.

L’Algérie a-t-elle intégré le club des États défaillants ?

 Mohammed Elias Rahmani, un ancien haut officier algérien, cité par le site Spoutnik  soutient que l’affaire de la cocaïne d’Oran « rentrait dans le cadre du narco-terrorisme et non pas dans celui du narcotrafic et de la corruption, comme veut bien le faire croire la vague de déclarations de certains officiels et le traitement médiatique qui s’en est suivi ». 

Ces développements graves qui illustrent l’ampleur de la déliquescence de l’idéal national algérien, amènent à donner raison aux analystes qui ont mis en exergue l’aspect « défaillant » de l’État algérien. Mais jusque là ces analystes se sont bien gardés d’aligner l’Algérie au même niveau que les États non moins défaillants de l’Afrique noire. La raison en est que ces pays ont trempé dans le trafic de drogue alors que l’Algérie paraissait comme non concernée par ce fléau. En outre, il faut savoir que la richesse ne prémunit pas contre la défaillance ou la fragilité. C’est pourquoi même riche, le Nigéria est considéré comme un pays « fragile ». Beaucoup de ces pays de l’Afrique noire sont dirigés par des alliances de bourgeoisies d’État et de bourgeoisies compradores (qui envoient à l’étranger leur argent pour les placer notamment dans l’immobilier, au détriment du développement de leur pays). Le caractère fragile de ces États découle aussi de leur insertion dans une économie mondiale criminelle (traite d’organes des êtres humains, commerce sexuel, trafics d’armes, de drogues, trafic de diamants, blanchiment d’argent). Si la cocaïne colombienne fait son entrée en Afrique via la Guinée-Bissau, de grosses quantités destinées à l’Europe transitent cependant par le Mali. Ces réseaux de trafic en tous genres ne sont pas aussi nettement détachés des structures étatiques. Selon nombre d’observateurs, les groupes islamistes armés qui y sévissent ou qui y sévissaient, n’ont pas inventé ces réseaux, mais ils n’ont fait que s’y insérer à leur tour.  

Larbi Graïne  

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