Sale temps pour la police politique

 

<img src="image.jpg" alt="Athmane Tartag" />

La très forte mobilisation dont fait preuve le mouvement du 22 février a désarçonné  la   police politique.  La protestation populaire de très grande ampleur qui a gagné toute l’Algérie  a rendu caduc le levier de la peur dont disposait la police secrète. Accoutumée à surveiller peut-être des dizaines de centaines de personnes, elle se retrouve du jour au lendemain contrainte d’étendre la surveillance à tout un peuple. Ce qui est évidemment impossible à réaliser. La police politique doit être distinguée des services de renseignement dont la mission est définie par la loi. Tous les pays du monde en sont pourvus. Activant surtout dans les pays à régime autoritaire les  polices politiques  inscrivent leur action dans un cadre anticonstitutionnel. Comme le dit le sociologue Lahouari Addi, en Algérie ce type d’institution  a pour visée d’empêcher les Algériens de faire de la politique. Des années durant, cette police s’était employée à museler les partis politiques, les syndicats et les associations. C’est elle qui anime en sous-main la vie politique, qui décide des résultats des élections, qui répartit les quotas au parlement, qui nomme les ministres, qui distribue la manne publicitaire à la presse, qui instruit l’UGTA, le RND et le FLN ainsi que le patronat à l’effet de soutenir le président. Dissocier les oligarques de la police politique n’a pas de sens. L’une ne va pas sans l’autre. Il est connu que les polices de ce type protègent les intérêts de la classe dominante. S’il est difficile d’évaluer le rôle exact de ces oligarques, il est certain que toutes leurs fortunes réunies ne suffiraient pas à faire contrepoids à l’argent de l’Etat.  

Ils ont besoin des réseaux économiques étatiques pour faire fructifier leurs affaires. Ce qui les place dans un rapport de dépendance à l’égard des services. Ils peuvent avoir trouvé en la personne de Saïd Bouteflika une sorte de caïd qui leur facilite l’entrée dans la maison en contrepartie de subsides généreusement versés. Hormis ceux qui sont très proche des services, ces oligarques sont finalement des géants au pied d’argile car leur carrière peut s’achever à la manière de Khalifa. Le système est prêt, en cas de nécessite, à les sacrifier pour les donner en pâture au peuple.

Pourtant, quand cela leur agrée, les services n’hésitent pas à s’attaquer à la corruption. Ils l’ont fait en 2010 quand le DRS avait révélé le scandale Sonatrach. Cette révélation a eu pour effet de causer la chute de Chakib Khalil, l’argentier de Bouteflika et elle a également eu pour effet, je pense, de contribuer à la détérioration de l’état de santé de celui-ci. Abdelaziz Bouteflika était mal parti pour s’émanciper des services. Il a commis l’imprudence de passer outre le conseil de Talleyrand qui disait « On peut tout faire avec les baïonnettes, sauf s’asseoir dessus ». Mais, la police politique s’est abstenue de dénoncer une corruption encore plus grave : l’incapacité du chef de l’Etat à gouverner. Depuis son AVC,  Bouteflika est invalide à 100 %.  Rien n’aurait empêché les services de déclencher conformément à la constitution l’état d’empêchement du président de la République.  Il aurait suffi pour cela qu’ils divulguent, du moins qu’ils transmettent aux parties concernées le certificat médical du malade au moment  de son retour  de l’hôpital du Val-de-Grâce à l’été 2013. Du coup ils auraient donné congé aux frères Bouteflika.  Mais ce n’était pas ce qui était prévu. Au contraire, on a brodé à Abdelaziz Bouteflika une légende dorée. On pensait que ce dernier peut encore servir de paravent au régime militaire et que Saïd Bouteflika est à même de remplir le même rôle à l’égard des services. Depuis 2013, on n’a pas cessé d’attribuer au président toutes les décisions qui ont été prises alors que les images le montrant très affaibli ont convaincu nombre d’Algériens qu’il n’était plus le maitre à bord. Des indices de plus en plus persistants sont venus depuis la fin de l’année 2015 confirmer cette appréhension. Ainsi, des voix se sont élevées pour faire observer qu’elles ne se reconnaissaient pas dans tel ou tel acte attribué au chef de l’Etat.  En 2017, sous le gouvernement Tebboune, un cafouillage au sommet de l’Etat a fait dire à certains journalistes que Bouteflika n’est pas au courant de ce qui se passe. Et ce n’est qu’en 2019 qu’on s’aperçoit qu’on lui attribuait des lettres qu’il n’a jamais écrites. Mais comme je l’ai dit, des choses  plus graves lui ont été attribuées bien auparavant. Pour doper la côte de Bouteflika et faire croire à sa suprématie sur l’armée, les services ont, en 2013 réalisé le coup de force de produire la fake-news la plus puissante du siècle : la dissolution de la police politique et la restructuration des services secrets sous la conduite du Président. Comme la propagande déborde les frontières, la nouvelle a été abondamment commentée à l’étranger.

 Le peuple rejette toute cette architecture et donne du fil à retordre à une police qui se retrouve face à face avec un peuple de plusieurs millions d’âmes déterminé à arracher son droit à l’exercice plein et entier de la citoyenneté. Le mythe Bouteflika a vécu. Dorénavant, il sera de plus en plus difficile de manipuler des gens qui ont pris conscience qu’ils sont la source du pouvoir. Mais attention, tant que les autorités  n’ont pas fait partir Bouteflika, c’est qu’elles pensent être en mesure de faire passer leur plan. Tout le problème est de savoir lequel.      

Larbi Graïne  

Cet article a été publié avant que Gaïd Salah ne demande au Conseil constitutionnel la mise en oeuvre de l’article 120 de la constitution préconisant l’état d’empêchement du président de la République pour cause de maladie grave.                                                         

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Cet article a 2 commentaires

  1. Donc le jeu et entre le conseiller et le gros amateurs de la bonne chairs,.il n’y a pas d’insulte pour les traître,pendaison à l’ancienne.

  2. L’analyse tient la route!

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