Présidentielle 2019 : Après Bouteflika le lion, Bouteflika le lièvre ?

9 juillet 2018
Je ne crois pas à un cinquième mandat pour Bouteflika. Je ne suis ni dans les secrets des dieux ni encore moins versé dans la divination. Je peux bien sûr me tromper. Il y a un tel flot d’informations contradictoires qui circulent dans les médias et les réseaux sociaux qu’elles font barrage à la compréhension de la situation que nous vivons. Parfois le même titre paraissant en Algérie ou à l’étranger vous sert la thèse et l’antithèse. Aujourd’hui il vous dira que l’on se dirige vers le 5e mandat et le lendemain il vous assénera le contraire. En outre, beaucoup d’articles sont rédigés d’une manière si alambiquée qu’on a du mal à en dégager la logique que les sous-tend. En un mot c’est à croire que le flou est sciemment entretenu. 

Il va sans dire qu’il y a une réalité qu’on ne peut ignorer, le RND, le FLN et le président du Conseil de la Nation ont appelé Bouteflika à briguer un 5e mandat et le tout intervenant sur fond de scandale de la cocaïne et des purges en série dans les corps de sécurité.  Et si ces appels rentraient plutôt dans le cadre d’un plan d’éviction de Bouteflika ? Ces appels ont créé aussi une diversion comme pour détourner l’attention du fait que le pouvoir en place est sous le collimateur des instances internationales. Les décideurs auraient compris qu’il est contreproductif de reconduire le président. Ils seraient tombés d’accord sur la nécessité du changement mais pas encore sur l’identité de la personnalité devant prendre la relève. Ce qui a conduit aux tiraillements que l’on connaît.  Si la thèse de l’éviction s’avère exacte, deux scénarios sont possibles : 1° Bouteflika remerciera (par un communiqué) tout ce beau monde qui l’a appelé à rester au pouvoir en déclinant l’offre au motif très valable que la maladie l’empêcherait d’y demeurer plus longtemps. Le 2e scénario paraît plus intéressant, mais ne peut être mis à exécution que si le chef de l’État actuel survit jusqu’au printemps 2019. A supposer que les décideurs aient tranché en faveur de la succession, ils auraient plutôt intérêt avant de libérer Bouteflika à lui faire jouer le lièvre. L’état de santé l’ayant rendu malléable et influençable à merci, le chef de l’État n’est plus dans les mêmes dispositions d’esprit qu’en 2009 et même 2014. Ce n’est donc pas Bouteflika qu’on chercherait à faire élire mais bien quelqu’un d’autre que lui, lequel s’annoncera le moment venu. Ce scénario présente pour ceux qui tirent les ficelles l’avantage de faire de la future élection présidentielle un show médiatique de portée nationale et internationale. Imaginez ce que cet événement peut représenter pour les médias : Bouteflika battu par X ! Le nouveau président jouira d’une meilleure crédibilité que s’il était présenté à une élection sans Bouteflika. Pour les Algériens, la surprise sera d’autant plus grande qu’ils ont été habitués à la répétition et à la routinisation des mœurs politiques qui leur ont fait abandonner tout espoir en l’avenir. L’insistance sur le 5e mandat qui frise la litanie participerait d’un conditionnement à la résignation et à la passivité qui n’a d’égal que le sentiment de délivrance qu’on ressentira à l’annonce de la défaite de Bouteflika. Mais l’heureux élu, qui peut-être sera pire que le président sortant, va certainement continuer l’œuvre de démolition de l’économie algérienne. C’est dire combien le système sociopolitique algérien dans son ensemble (le patronat, les partis politiques et le Parlement compris) ; est perméable à la corruption. Certains chefs de partis d’ « opposition » ne craignent pas le ridicule en délivrant des satisfecits au gouvernement et en se félicitant de ce que celui-ci les a écoutés sur tel ou tel point positif de leur programme. Beaucoup de membres du Parlement après avoir été durant de longues années députés ou sénateurs sous Bouteflika, s’apprêtent et ce, sans aucun état d’âme à devenir députés ou sénateurs sous le futur président. Tout est affaire de rente et de distribution de prébendes.  Les critères devant présider au choix du successeur de Bouteflika tiennent compte de ces paramètres. Le profil du président rêvé par l’oligarchie doit mêler le charisme d’un Mohamed Boudiaf et la permissivité d’un Chakib Khalil. C’est ce que Bouteflika avait incarné à quelque nuance près. Le premier trait de caractère renvoie à la capacité d’attraction et de séduction. L’homme doit impressionner et avoir le verbe haut. Le second trait a un rapport avec la générosité et la fidélité au clan. Bien entendu dans ce type de recrutement une stature internationale est souhaitée.

Quant au 3e scénario, celui-là même qui n’a pas mes faveurs, fait de Bouteflika comme je l’ai dit le gagnant de la future élection. Admettons que ce scénario soit celui qui a été réellement entériné. Dans ce cas les commanditaires du crime n’auront pas à mon avis anticipé tous les détails. La question n’est pas de savoir si Bouteflika a les aptitudes nécessaires pour diriger le pays pendant cinq autres années. La question concerne une durée de temps plus limitée, de quelques minutes seulement : est-ce que, après sa réélection, Bouteflika peut-il conformément à l’article 89 de la constitution prêter serment en prononçant les sept lignes prévues à cet effet ? Un président qui ne peut se plier à cette disposition ne peut se voir confier ce poste de responsabilité et c’est la loi qui le dit. 
Larbi Graïne

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Cet article a 1 commentaire

  1. ا’algerie de la guerre de libération
    La plus grande du 20eme siècle,est bien le rempart qui fait que l’Algérie si décomposé de ces jours si n’est pas tombé comme Etat.

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