Portrait de Bouteflika, les Algériens et le DRS : Partie 2

<img src="image.jpg" alt="Partisan de Bouteflika" />Guerre ouverte contre le pluralisme politique

Publié le 15 septembre 2018

Ce que le rituel de la police politique cherche à obtenir d’une manière insidieuse, c’est d’éloigner le public auquel il s’adresse de l’idée démocratique et d’empêcher son adhésion au pluralisme politique. Du coup, le moment venu, il sera plus facile d’étouffer dans l’œuf toute velléité de protestation contre les résultats falsifiés des élections. On pille d’abord les âmes avant de piller les urnes. Les Algériens nés pendant les années de la guerre civile sont ainsi condamnés à ne connaître de la démocratie que sa forme biaisée et à n’avoir jamais l’occasion d’assister à un débat contradictoire d’un même niveau de qualité que celui ayant prévalu entre 1988 et 1992. Le rituel du culte de Bouteflika  (à l’exemple de celui du cinéma Sierra Maestra) a pour visée de construire un espace imaginaire dépourvu de conflits et d’antagonismes. Un espace uniforme d’où est absente toute controverse avec d’autres idées ou d’autres cultures politiques. C’est un imaginaire qui puise aux sources de la famille et du patriarcat. Le leader politique y est représenté comme le frère aîné ou le père de famille qui ne saurait souffrir de critique. L’Algérien qui est imprégné de ces images ne peut soupçonner qu’il puisse  exister un espace public ouvert aux idées contradictoires. Fondé sur la répétition dont les effets ne sont plus consciemment perceptibles, le culte rendu au chef de l’État, a été banalisé jusqu’à l’excès. Placé au dessus des autres, Bouteflika devient une divinité hors d’atteinte. Subrepticement, on a ainsi pu faire passer comme normal ce qui relève d’une perversion de l’esprit démocratique. Des partis politiques divers sont institutionnalisés comme les prototypes de la démocratie et dans le même temps comme les plus farouches soutiens du chef de l’État. 

Les partis-couscous   

C’est ainsi que le système Bouteflika va instaurer un pluralisme avec des partis-couscous. Une sorte de partis compradores dont le dénominateur commun est le goût prononcé pour la soumission et la servilité et ce, jusqu’à l’obséquiosité.  On peut ranger dans cette catégorie, les deux appareils bureaucratisés que sont le FLN et le RND, et les formations  MPA d’Amara Benyounès et TAJ d’Amar Ghoul 1.

 Autour de ces partis gravite toute une kyrielle, de formations obscures, qui à l’instar du parti de Boucharma, se satisfont des restes que leur laissent les partis-couscous. Tout ce beau monde claironne tout le temps à qui veulent les entendre, la bonne santé de la politique présidentielle, tout en exprimant son admiration et sa gratitude à « son excellence le président de la République ».  Le lecteur pourra avoir l’impression que ma critique est excessive. Ma réponse est qu’il faut se référer aux fondamentaux du pluralisme politique pour bien cerner la nature du problème. L’un des objectifs du pluralisme politique est de favoriser l’alternance au pouvoir. Dans ce système, un parti politique digne de ce nom doit s’abstenir d’encourager la reconduction d’un même candidat à la tête de l’État. Mieux, sa vocation est d’être un acteur susceptible de proposer un candidat de son cru. Or, comme je l’ai dit dans la première partie, ces formations s’abstiennent de proposer un candidat à l’élection présidentielle et préfèrent mener campagne au profit du chef de l’État. On les voit alors le temps d’une campagne s’effacer en tant qu’entité politique, et crier à l’unisson « oui pour un nouveau mandat ! ». Le multipartisme sous Bouteflika se manifeste ainsi sous les dehors de partis multiples qui partagent la même pensée unique. Si ces derniers ne se sentent pas concernées par la présidentielle, ils sont néanmoins assurés de rafler, outre les prébendes et autres avantages, la majorité des sièges du Parlement, qui leur permet de contrôler l’ensemble du pouvoir législatif. Ces partis-couscous qui soutiennent d’une manière inconditionnelle Bouteflika n’ont donc ni programme ni ligne politique. Le chef de l’État n’a eu de cesse, au demeurant, de revendiquer le fait que c’est son programme à lui qui est soutenu par ses différents partenaires.

Au sens de la constitution, ces partis n’ont pas le droit d’exister. Ils sont en réalité anticonstitutionnels.  L’article 11 de la loi sur les partis politiques stipule que ceux-ci œuvrent « à la consécration de l’action démocratique et de l’alternance au pouvoir ».  Est-ce que l’alternance au pouvoir équivaut au maintien de Bouteflika dans son poste durant près de 20 années ?

L’article 13 de la même loi, précise que le parti politique « concourt et participe à la vie politique en vulgarisant auprès des institutions de l’État, du Parlement et des assemblées populaires locales, son projet politique ». Or le seul projet politique dont sont porteurs les partis-couscous, est celui de soutenir Abdelaziz Bouteflika, de surcroît malade aphone, qui passe le plus clair de son temps à se soigner.  Aussi, ce sont les activités de ces partis stériles qui ne font jamais rien progresser qui préoccupent souvent une certaine presse en mal de copies. 

La maladie de Bouteflika jette la lumière sur les pratiques du régime

Pendant les vingt ans que dure le règne de Bouteflika, le système politique algérien s’est routinisé  en raison de son fonctionnement répétitif.  La maladie présidentielle aurait dû mettre un terme à cette routine. S’il n’en était rien, c’est que cela n’incombait pas à la seule responsabilité du chef de l’État. Cependant, ce long règne a permis de mettre à nu les structures informelles du pouvoir politique.  Il est intéressant de s’arrêter sur les « réélections » de  Bouteflika dans le cadre d’un système qui se prétend « multipartite ».  Les premiers appels à la candidature de l’actuel chef de l’État ont toujours émané des partis-couscous. Bouteflika est toujours réélu selon le scénario suivant :

La police politique 2 instruit les partis-couscous pour qu’ils lancent un appel favorable à un nouveau mandat. Une fois cet appel est lancé, les responsables parlementaires (président du Sénat et président de l’Assemblée populaire nationale) leur emboîtent le pas. L’étape suivante est caractérisée par l’intervention des ex- organisations de masse, à l’image de la centrale syndicale UGTA.  Le processus est couronné ensuite par l’appel du patronat qui, bien au fait des codes en vigueur, se sent obligé de s’y prononcer 3. Rien qu’en se basant sur ce scénario (devenu véritable indicateur)  beaucoup  aujourd’hui donnent pour certain que Bouteflika sera réélu pour un 5e mandat.  Mais la roue de l’histoire continue à tourner et les scénarios aussi sophistiqués qu’ils puissent être, sont susceptibles de ne pas très bien marcher.

Larbi Graïne 

  1. . Le MPA, dont le chef est originaire de Kabylie a été intégré dans le paysage politique algérien pour faire office de représentant de cette région. Aux yeux des tenants du pouvoir, Amara Benyounès devrait s’occuper de rendre soporifique un berbérisme réputé vif. Amar Ghoul est crédité d’une mission similaire auprès d’une frange des islamistes. Les deux hommes ont en commun la réputation d’avoir à l’époque où ils étaient ministres, mis sens dessus dessous leur secteur respectif. Si tant est que leurs noms ont été cités dans des affaires de malversations.
  2. La notion de  « police politique » est à prendre dans un sens plus large, qui dépasse le cadre du DRS. Elle concerne des centres de décision qui échappent à l’autorité civile.
  3. Ce scénario a connu une variante Benflis mais sans conséquence.
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