[PHOTOS ET VIDEO] Les Gilets jaunes âarouch de France ?

Mis à jour le 12 décembre 2018

Il est des mouvements qui transcendent les cultures et les appartenances, celui des Gilets jaunes est de ceux-là. Les Algériens, qui ont été nombreux à suivre son actualité l’ont rapproché du mouvement des âarouch de Kabylie pour deux raisons essentielles : la violence qui a émaillé sa démonstration de force et les revendications sociales dont il est porteur. C’est surtout le premier trait qui retient l’attention car la violence avait été, en contexte algérien, imaginairement associée à une organisation sociopolitique de type tribal, notion qui se retrouve dans la dénomination du mouvement kabyle. L’anthropologue Germaine Tillion qui a eu à se pencher sur la révolte des âarouch de 2001, n’avait pas manqué de souligner la dangerosité « des traditions montagnardes » qui selon elle, caractériserait ce mouvement.

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© Larbi Graïne

Aussi, le fait que les Algériens non kabyles aient-ils recouru à cette comparaison révèle une réévaluation d’une protestation qui avait été soupçonnée à l’origine d’avoir un caractère foncièrement « régionaliste » puisque la panoplie des revendications des ârrouch intègre la nécessité de promouvoir la culture berbère. Cela ne veut pas dire que la référence à l’identité est absente chez les Gilets jaunes, elle y est certes réelle mais diffuse. J’ai bien vu écrit noir sur jaune « Gaulois réfractaires » et entendu des récriminations à l’encontre du drapeau de l’Union européenne. La nostalgie d’une France prospère d’avant la monnaie unique flottait bien dans l’air. 

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© Larbi Graïne

 Le rapprochement qui est fait en Algérie entre les deux pays, est donc révélateur de ce que les communautés humaines interagissent et ce, en dépit des différences de culture et des idéologies.  Mais, le pouvoir des médias (télévisions, réseaux sociaux) est également à souligner. Sans ces derniers, jamais on aurait pu faire se rapprocher aussi facilement régionalisme et universalisme.

Passons sur les lectures rapprochant la lame de fond française avec le printemps dit arabe ; évoquant le «  caractère violent » et les modalités de son émergence (réseaux sociaux).

 Quoi qu’on en dise, la France demeure une source d’inspiration pour les Algériens. A l’instar de beaucoup de pays d’Afrique et d’ailleurs, l’Algérie est dotée d’institutions mimant celles de l’Europe (présidence de la République, parlement, partis politiques), mais elles ont été vidées de leur contenu. Cela semble absurde mais ce comportement est certainement motivé par le besoin irrépressible pour l’Algérie de paraitre comme un État moderne.

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© Larbi Graïne

Depuis l’indépendance, tous ses efforts avaient tendu vers le développement de son économie et de ses infrastructures en vue de rattraper le retard avec les pays développés. Les institutions qu’elle a mises en place sont, sans doute,  un costume-cravate pour cacher l’échec du passage à la modernité politique, le régime algérien n’ayant pas encore su ou pu ériger un État civil digne de la séparation des trois pouvoirs. Toujours est-il que les Gilets jaunes  nous délivrent un message complexe dont nous n’arrivons pas encore à en comprendre toute la portée. Quelles seront les conséquences pour les pays du Sud, pour qui la France est un modèle, si son système politique vient à être sérieusement remis en cause ?

Larbi Graïne     

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© Larbi Graïne

 

               

 

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