L’heure de l’après Bouteflika a-t-elle sonné ?

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Publié le 29 janvier 2019

En décidant de tenir l’élection présidentielle dans les délais prévus, le régime algérien a dû probablement arrêter un scénario à même de susciter l’intérêt et l’interrogation des Algériens durant tout le temps qui les sépare de ce rendez-vous électoral.

Mais, théoriquement, je dis bien théoriquement, le chef de l’Etat sortant auquel on prête l’intention de vouloir briguer un cinquième mandat a déjà perdu la bataille. On verrait mal les instances internationales dépêcher des observateurs pour superviser une élection à laquelle prendrait part un homme dont tout le monde connaît la maladie. Toute publicité qui viserait à escamoter cette vérité ou donnerait l’impression de la travestir, sera vouée à l’échec. Si malgré tout cela, Abdelaziz Bouteflika se présente pour un 5e mandat, il serait intéressant – constitution oblige – de voir au cas où il serait élu, comment il va s’y prendre pour prêter serment devant le peuple et les hauts cadres de l’Etat. Sachant que Bouteflika est dans l’incapacité de faire usage de sa voix, va-t-on arguer qu’il peut se passer de cette cérémonie, ou va-t-on lire le texte à sa place ? A moins que nos décideurs soient atteints de déraison, tout porte à croire qu’on n’ira pas jusqu’à commettre ce type de mascarade.

L’heure de l’après-Bouteflika aurait donc sonné et déjà, nous en avons les prémices avec l’engouement brutal pour le général-major à la retraite Ali Ghediri. Ce dernier est en passe de devenir la nouvelle coqueluche des médias et des réseaux sociaux. Maintenant que l’enthousiasme semble revenir, qui aura le courage d’interrompre cet élan avec un lugubre 5e mandat ? Les tenants du pouvoir, par leur agissement et leur tergiversation qui les ont conduits à insister sur la continuité, avaient finalement laissé entrevoir un horizon complètement bouché. Soumis au pire après tant d’année d’inertie, les Algériens ne pouvaient que croire au meilleur, attendant de pied ferme l’homme qui les délivrerait de cette chape de plomb dans laquelle le système les a enfermés. La société est tellement verrouillée qu’elle est prête à ouvrir ses bras à tout venant pour peu qu’il montre des dispositions allant dans le sens de ses aspirations. N’empêche, dans un tel cadre, il est facile aux centres de décision d’imposer la candidature de leur choix.   

Toujours est-il, comme autrefois avec Bouteflika, les éloges commencent à pleuvoir sur la tête du général-major. Celui-ci a déjà une longueur d’avance sur ses concurrents potentiels : il a trouvé la bonne formule pour balayer d’un trait toute inféodation aux services de renseignement et affiché un désintérêt royal par rapport à la candidature de Bouteflika. De plus, le général a été expertisé par l’avocat Mokrane Aït Larbi qui s’en était pris comme l’aurait fait une vieille femme kabyle, qui après avoir dégusté une nouvelle coulée d’huile d’olive, consent à délivrer un certificat de bonne qualité. En homme de l’establishment, l’ex-sénateur du tiers présidentiel connait très bien les codes du système. L’auteur de « Démoctature », titre de son nouveau livre (construit sur la contraction des mots « démocratie » et « dictature »), a peut-être pressenti chez Ali Ghediri un Béji Caïd Essebsi, mais en plus jeune.

Le marketing politique visant à vendre l’image du général rompt clairement avec celui qui a été utilisé sous Bouteflika. Les soutiens sont moins artificiels. Les FLN, RND, TAJ, MPA, et autres organisations traditionnelles sont tenus à l’écart. Il ne pouvait en être autrement, sinon on aurait fabriqué une autre candidature du consensus, dont la symbolique est contraire à l’esprit démocratique. Ali Ghediri joue sur deux tableaux. Il veut montrer d’une part, que sa carrière d’officier supérieur dans l’armée peut représenter un atout au cas où il serait élu président de la République, et de l’autre, il souligne que le soutien du peuple lui est indispensable. Il se présente donc comme un militaire mais très soucieux d’accéder au pouvoir par la voie démocratique. Allant même plus loin, il fait valoir sa carrière militaire pour amorcer la démocratisation du régime politique algérien. Le propos est habile car il décoche dans un message subliminal une flèche assassine à l’endroit du chef de l’Etat actuel qui avait promis de n’être pas un « trois quart de président ». Le général-major se place décidément au-dessus de la mêlée tout en affichant un air frondeur que ses rivaux ne sauront pas, en toute probabilité, en mesure d’égaler à en juger par les profils connus des candidats ou potentiels candidat à l’élection présidentielle prochaine. Ali Benflis, candidat malheureux à deux reprises avait déjà fait les frais des arrangements du sérail et Abderrazak Makri vient d’un parti islamiste attaché aux basques du pouvoir depuis les années 1990. Mais d’où Ali  Ghediri tient-il son assurance ? Comment peut-il s’avancer dans une joute dont aucune des précédentes éditions organisées depuis l’indépendance, n’a jamais pu jouer aucun rôle dans la consécration des chef d’Etat ?     

Une explication possible est que les factions au pouvoir misent sur une élection « plus ou moins honnête » qui départagerait des candidats préalablement triés sur le volet. 

Une autre explication pourrait être que Ali Ghediri est le candidat de l’oligarchie militaro-civile qui, sensible à l’impératif démocratique, est sous la pression du modèle tunisien. Dans une telle topographie, Abderrazak Makri, président du parti islamiste du MSP, mérite bien sa place. Il aura à jouer le rôle d’un faux Rached Ghannouchi. Il s’ensuit que tout ce que Makri  dit sur ses propres motivations, ce n’est que du toc.  

Il faut bien mettre en place pour les années à venir un mécanisme politique pour le partage de la rente pétrolière dont le montant demeure encore important. 

Tout se passe comme s’il était écrit que ce pays devrait consommer que de faux modèles politiques. D’une manière obstinée, on veut instaurer la démocratie sans déchoir les tyrans, promouvoir une qualité de vie sans mettre les corrompus en prison, établir la justice sociale sans que les populations manifestent dans la rue.

On peut se demander par ailleurs si le mouvement Mouwatana n’a pas exagéré son alerte sur le 5e mandat, car son action, à son corps défendant, aura eu comme effet de contribuer à crédibiliser tout de même un processus électoral, un des plus pernicieux et sournois auquel le pays devra faire face.  Aux yeux de ce mouvement, les candidats devraient se retirer dans le cas seulement où Bouteflika se représenterait. Aussi, Soufiane Djilali n’est-il pas très convaincant quand il affirme qu’un éventuel renoncement à l’élection de l’actuel chef de l’Etat, exprimerait une « évolution » du régime. On notera donc la divergence entre le boycott prôné par le FFS et la décision de Mouwatana de rejeter la candidature de Bouteflika.

Telle qu’elle se profile, l’élection présidentielle de 2019 va clore un cycle de cinq années sur l’échec du camp démocratique à trouver un terrain d’entente pour peser sur le cours des événements. Si la création du mouvement Mouwatana fut une des meilleures idées innovatrices du champ politique algérien de ces dernières années, il lui manque peut-être le radicalisme du FFS. Mais à ce dernier manque l’ouverture d’esprit de Mouwatana. Si le FFS se mouwatinise et si Mouwatana se ffsinise, les choses iraient, à coup sûr, beaucoup mieux.   Toujours est-il que la classe moyenne que l’un et l’autre ont tenté, chacun à sa manière, de mobiliser et de rallier à sa cause, risque fort bien d’être séduite par Ali Ghediri dont le discours est à même d’orienter vers le vote sécuritaire, par ailleurs très prisé de nos jours au regard de l’incertitude  qui pèse sur la situation politique du pays.   

Larbi Graïne 

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Cet article a 12 commentaires

  1. Il n’a pas soufflé mot dur l’incarcération des ex généraux musent en cause puis libérer nous voulons son point de vue

  2. Un retraite c est un citoyen civile. Il sera le bienvenu dans ces fonctions.

  3. Une bonne analyse du désarroi du camp »démocrate  »
    Le général stratège a balayé d un coup d éventail toutes ces indécisions et querelles partisanes pour présenter une voie nouvelle où le peuple peut espérer un avenir meilleur

  4. Il va falloir qu’il précise sa position sur le cas des magistrats injustement radiés ,de laquelle se degagera ou pas sa politique eventuelle sur le principe de lindependance de la justice.

  5. Vu le contexte international le futur président sera dans l’obligation de changer les choses

  6. Donc vous voulez l’imposer au peuple , mais cette fois ci par le biais des journalistes ,car se sont les mêmes louanges que ces derniers on fait aux généraux pour arrêter le processus électoral en 91 , bref ,moi perso je préfère et je vote RACHID NEKKEZ que vous ne daignez meme pas parlé dans votre post.

  7. La construction d’un Etat de droit est primordial. Souhaitons que ce leitmotiv soit mis en évidence. Je souhaite bonne chance a M. Ghediri.

  8. Merci de nous avoir fait cette analyse de notre pays que nous l aiment et j espère l après bouteflika sera meilleurs pour le peuple algerien et je vous dit merci mr graine de nous avoir eclairer

  9. Dans notre système actuel seul un militaire de la trempe de Ghediri,pourra mener à bon port le bateau Algérie qui est à la dérive depuis fort longtemps.Il ne s’est pas enrichi de par ses fonctions,il a l’air sincère je lui souhaite bon vent .

  10. C’est l’homme du changement il faut absolument le soutenir..il y va de l’avenir de l’Algérie et de la démocratie.

  11. Une simple question de bon sens : La société algérienne n’a-t-elle pas formé des élites républicaines et forgé dans le combat quotidien des patriotes, des militants et militantes de gauche, modernistes aguerries ? Et aussi des cadres d’état compétents. Alors qu’on marginalise ces potentialités républicaines et leurs diverses organisations, politiques, associatives et professionnelles, on nous propose un général en retraite, de l’institution militaire, qui n’a pas d’organisation politique, ni de militants ou adhérents, dans le statut symbolique d’un homme providentiel, une solution magique, illusoire. Alors que face au Front de ces milliers d’affairistes et de leurs réseaux dans les institutions du pouvoir, la seule démarche lucide et conséquente, validée par l’expérience universelle, est que les forces sociales d’avenir et leur élites doivent AFFRONTER ce front néolibéral dans le cadre d’un FRONT républicain (à l’image de l’historique Front de Libération Nationale) pour mener la transition vers un Etat de Droit et préserver le caractère social de l’Etat en développant, stratégiquement, une économie de production. Toute la question est que le nœud ou la condition préalable de cette transition démocratique réside dans le dépassement de la « crise politique institutionnelle » ou « crise d’Etat » qui exprime le grand décalage entre la nature des institutions bureaucratiques (d’un système despotique) et les aspirations et besoins du développement économique et social de l’Etat et de la société. La lutte contre la CORRUPTION et les réseaux mafieux (qui ont investi l’état et ses institutions) devrait, dans cette perspective, s’intégrer dans une logique de refondation de l’état et du règlement de la question fondamentale de la séparation des pouvoirs. Dans le contexte actuel, ce n’est pas à des généraux de l’institution militaire (directement ou indirectement), de mener cette transition ou de briguer le poste de Président de la république d’un état civil. D’ailleurs, on pourrait interpréter (comme l’une des hypothèses) cette sortie du général A. Ghediri, comme une continuité déguisée des luttes des ailes du système à l’intérieur de l’état-appareil, pour le contrôle de ce poste stratégique de Président (d’un état non démocratique et donc despotique). C’est dans ce sens qu’il faut souligner que le rôle de l’ANP est défini par la Constitution, un rôle de COHÉSION de la nation et de l’état républicain. Notre conclusion est que la candidature de A. Ghediri, au-delà de sa personne (patriote et compétente), s’inscrit à contre-courant de cette logique de refondation de l’Etat de droit. Plus grave, cette candidature, dans le contexte des luttes politiques pour le pouvoir, risque d’affaiblir la cohésion de l’ANP et donc de l’état, dans un contexte régional et international qui exige plus de cohésion de la principale institution de l’état, sa colonne vertébrale, l’ANP. Enfin, à partir d’une rétrospective des 30 dernières années, notre point de vue est que ce qui a, fondamentalement, affaibli la crédibilité des institutions de l’état algérien et son caractère républicain, ce sont les mesures du « capitalisme sauvage » et toutes les valeurs (corruption, incompétence, économie informelle, marginalisation de l’université etc.) qu’il porte dans son projet de société. Continuons ces échanges pour un débat argumenté et surtout pour mieux s’éclairer sur les enjeux des présidentielles, en se plaçant dans la perspective d’une République Démocratique et Sociale, filiation de la plate-forme de Novembre.

  12. Sincerement , personnellement je crois pas que cette caste va pas lache et il y’aura 5eme mandat de force comme d’habitude et ils vont trafique les election. lAlgerie deviendra par la suite une vraie dictature, déjas maintenant tout est verrouillé, alors aprés ça sera pire. Toujours est’il, il est permis de rever

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