L’armée cherche-t-elle à prendre le pouvoir par les urnes ?

<img src="image.jpg" alt="Officiers supérieurs de l'armée algérienne" />

Publié le 4 mars 2019

Après de grandes manifestations à retentissement international qui ont demandé son retrait de l’élection présidentielle d’avril prochain, Abdelaziz Bouteflika refait surface pour annoncer qu’il y renonçait partiellement, du moins c’est le sens qu’il convient de donner à sa décision au regard de l’article 88 de la constitution qui énonce que «  La durée du mandat présidentiel est de cinq (5) ans ».  La décision de Bouteflika n’est ni acceptable sur le plan juridique ni sur le plan politique. Outre que le chef de l’Etat sortant ne fait qu’avouer publiquement son intention de violer la loi fondamentale du pays, il cherche à organiser une transition dont il  a combattue l’idée tout au long de son 4e mandat, ayant repoussé fermement toutes les propositions que lui avait faites l’opposition.

Mais parler de Bouteflika c’est comme parler d’un personnage de fiction. Il aurait dû après avoir entendu les vociférations de millions de ses concitoyens  s’adresser à eux par le biais d’une allocution télévisée. C’est quoi ce président vaporeux qui veut régler la crise mais qui ne peut pas s’adresser à la nation ? Est-ce que pour lui la nation algérienne existe ? Mais Bouteflika existe-il réellement ?  Ce qui fait exister un homme politique, c’est sa voix. Peut-on réaliser un montage dût-il être grossier pour montrer que le président parle ? Il semble que ce n’est pas possible et ce n’est pas possible, non plus, qu’on puisse faire son portrait officiel.

C’est tout simplement parce que Bouteflika n’existe pas sur le plan officiel. Depuis de longues années, il n’a reçu aucun chef de parti politique, aucun sénateur. Les ministres ne le voient pas, les hauts fonctionnaires qu’il nomme ne le croisent pas ; et malgré le soin que l’on met pour soigner son image télévisée, lors des conseils des ministres, il est exhibé tout hébété. De plus, les chefs d’Etat et de gouvernement qui viennent le visiter le scrutent avec cette curiosité nerveuse que l’on ressent face à une pièce rare du musée des antiquités.  

Où se trouve Bouteflika ? Quand ce n’est pas son frère cadet Saïd qu’on fait parler à sa place, on le rencontre très présent dans les coulisses, dans les rencontres en privé. C’est quelqu’un qui reçoit des responsables à l’hôpital, qui discute de l’avenir du pays et qui donne des ordres à ses subalternes. Abdelaziz Bouteflika serait donc une sorte de Jekyll et Hide. Il serait mourant le jour et très actif la nuit. Gaïd Salah, le chef d’Etat-major tremblerait à l’idée de trahir le pacte qu’il aurait passé avec lui. C’est grâce à son bon vouloir et à sa loyauté que le régime tient bon. Ce genre de rumeurs alimente les colonnes de certains titres de la presse étrangère. Pour l’Algérien lambda, c’est très simple : si Bouteflika avait sa tête sur les épaules, il sortirait dans la rue pour discuter avec ses concitoyens. Est-ce que Macron resterait Macron s’il s’était enfermé dans un mutisme de cinq ans ?                 

En termes d’absurdité, l’Algérie a battu tous les records. A la veille de chaque échéance importante, le chef de l’Etat est évacué à l’étranger pour y subir des soins. A défaut de revenir au pays guéri de son invisibilité notoire, il réapparaît sous la même forme spectrale, mais pour nous annoncer qu’il a un nouvel agenda. Pour lui, tout se passe comme si revenir de l’hôpital avait valeur d’un certificat de garantie sur les projets qu’il dit vouloir entreprendre.

Le régime qui s’entête à violer toutes les lois n’en a cure de l’incapacité de celui qui est censé incarner l’Etat algérien. Bouteflika est dispensé de se présenter physiquement au conseil constitutionnel pour y déposer son dossier de candidature, de mener sa campagne électorale de son propre chef et de prêter oralement serment.

A priori la transition promise par le chef de l’Etat émane du cabinet clandestin qui dirige le pays. Les Algériens sont donc conviés à des réformes politiques par la même instance qu’ils entendent dénoncer. Alors qu’ils souhaitent mettre définitivement un terme à la gouvernance par délégation, on leur propose en guise de changement une prolongation de celle-ci.

Mais tout cela pourrait n’être qu’un immense bluff politique pour faire gagner un autre candidat. C’est la seule explication qui pourrait désamorcer l’absurdité de la situation. (Cette hypothèse a été évoquée dans un précédent article).  Bouteflika n’est pas une option sérieuse, et tout le monde le sait. Sa place à l’échelle nationale et internationale est très largement compromise. C’est peut-être le général à la retraite Ali Ghediri que le régime veut adouber. Mais, si tel serait le cas, le mouvement populaire du 22 février le laissera-t-il faire ?

Affaire à suivre…

Larbi Graïne

 

 

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