Comment le gouvernement algérien manipule le courant anti-islamiste

<img src="image.jpg" alt="Manifestation publique à Alger" />                        Publié le 16 août 2018

Le pouvoir algérien est régulièrement dénoncé par le courant hostile aux islamistes comme un pouvoir qui se serait allié avec ces derniers. Certes l’hostilité à l’égard des partisans de l’islam politique ne date pas d’aujourd’hui, mais le fait nouveau réside dans l’exacerbation à l’extrême de ce ressentiment, et ce, suite à la guerre civile des années 1990. Cette nouvelle donne politique est sciemment prise en compte par les généraux qui l’ont intégrée dans leur stratégie de perpétuation de leur pouvoir.  

Qu’un aliéné mental s’en prenne à une statue et voilà les réseaux sociaux qui s’enflamment et la barbe du quidam montrée et caricaturée à tout bout de champ. L’État qu’on ne cesse de stigmatiser comme « arabo-islamiste » mute soudainement en un État justicier soucieux de faire respecter la loi de la République. Les autorités ont beau jeu de faire savoir leur intention de restaurer l’ouvrage mis à mal. Ainsi, dès que la nouvelle est sue, on exulte, on vocifère de joie et on crie sur tous les toits que les lumières ont vaincu l’obscurantisme. Mais tout ceci n’est rien comparé au front imaginaire de la réforme de l’école dans lequel on voit la ministre de l’Éducation nationale Nouria Benghabrit mener l’assaut contre les positions islamistes. En effet, d’une manière récurrente, l’action de la ministre est contestée par tel ouléma ou tel chef de parti islamiste. Benghabrit apparait souvent dans la posture d’un représentant d’un État républicain, qui hélas n’existe que sur papier.  L’école qui est au centre du nationalisme algérien avec sa déclinaison arabo-islamiste paraît ainsi avoir été paradoxalement confiée à une personnalité alliée au courant anti-islamiste. Mme Benghabrit a sans doute été choisie pour son profil universitaire et son ouverture d’esprit, mais ceux qui ont fait appel à elle, savent très bien que les réformes qu’elle serait en mesure de lancer n’ont aucune chance d’aboutir. D’abord parce que le problème de l’école n’est pas seulement un problème de programme mais aussi un problème de personnel. Ensuite, et c’est le  problème le plus crucial, c’est la mosquée qui prévaut sur l’Éducation. Si on ne veut pas de spectacle dans nos villes, si on n’aime pas les artistes et si on juge la culture inutile, cela vient de la croyance ancrée que la religion se suffit à elle-même. Avec toutes ses structures tentaculaires et toute son armada de fonctionnaires et d’enseignants, l’école n’y peut rien. Ce qu’elle fait le plus souvent c’est de répercuter le discours de l’imam du coin. Après le pétrole, l’islamisme est donc le second carburant du régime, lequel est déterminé à mettre en échec toute velléité d’une modernisation réelle de notre système éducatif. Le gouvernement sait comment théâtraliser le spectacle d’une fausse dualité entre l’un de ses représentants et le courant islamiste auquel du reste il ne refuse rien. Les concessions qu’il peut faire aux anti-islamistes sont bâties le plus souvent sur du vent comme on vient de le voir avec l’exemple de la statue de Aïn Fouara.  Il ne faut pas s’étonner, en outre, de ce que l’autre « front » anti-islamiste est représenté par le ministre de la Culture, le baathiste Azzedine Mihoubi. Ainsi,  c’est toujours dans le domaine idéologique, c’est-à-dire, celui où se cristallise la complaisance avec l’islamisme, que le régime obtient ses plus beaux succès puisqu’il parvient à se faire ovationner par ses détracteurs censés hostiles aux barbus. Il suffit d’approcher une députée recrutée pour son racisme notoire pour déclencher une campagne anti-islamiste que le pouvoir viendra ensuite calmer en se faisant l’arbitre d’une querelle à laquelle il voudrait paraître complètement étranger. Quelques sentences proférées à l’encontre de la « brebis égarée » mais qu’on se garde bien de punir, suffisent à arracher les applaudissements des populations ayant été ciblées par les propos offensants. Le ministre de la Culture de l’État arabo-islamiste est ainsi chaleureusement acclamé par les anti-islamistes, qui plus est dans un parlement croupion. Hormis les belles paroles, ces derniers ne moissonnent que les épines. C’est donc vous dire toute la difficulté à cerner la famille qui avance et la famille qui recule.      

Larbi Graïne

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