Dialogue entre le président Houari Boumediene et le blogger Merzoug Touati

<img src="image.jpg" alt="Merzoug Touati" />                      18 juin 2018

Houari Boumediene : J’ai appris que vous avez réalisé une interview avec un diplomate israélien. Est-ce  vrai qu’il vous a dit qu’Israël avait ouvert un bureau informel à Alger?

– Merzoug Touati : Je vous le confirme Monsieur le Président. Il me l’a dit d’une manière catégorique. Selon lui, Alger abritait une représentation israélienne jusqu’au début des années 2000 au même titre que Rabat, Tunis et Nouakchott.

Houari Boumediene fronça les sourcils : vous dites jusqu’au début des années 2000, mais vous ne précisez pas quand cela a commencé exactement.

– M.T : Excusez-moi Monsieur le Président, l’idée de poser la question ne m’était pas venue. Mais je pense que cela a dû commencer après votre décès.  Loin de moi l’intention d’insinuer que cela ait pu débuter sous votre règne. Je connais vos principes et votre valeur. Je me souviens très bien quand vous tapiez sur le pupitre en martelant « nous sommes avec la Palestine, qu’elle ait raison ou non » (nahnou ma’a Falastin dhalima aw madhlouma). On était fiers de vous Monsieur le Président. On sait que sous votre règne des Algériens ont été envoyés au front en grand nombre pour combattre l’ennemi sioniste. Mon enfance a gardé le souvenir de cet épisode. C’était en 1967. Je me souviens encore de la fureur de mon père, qui, après avoir écouté les informations du soir, avait balancé du haut de son balcon le poste TSF par lequel il venait d’apprendre la défaite des Arabes. Dans le village, cet acte fut jugé par l’ensemble des habitants comme une preuve de patriotisme. Depuis votre décès, le monde a changé. Les Israéliens ont dû probablement ouvrir leur représentation sous le gouvernement Chadli, qui vous a succédé.

– H.B. Ah bon ? C’est finalement Chadli qui a pris la relève ?

– M.T. : Vous ne le saviez pas ? Oui, c’est bien Chadli.

-H.B. :Hmm…, ce bureau algérois devait gérer les intérêts commerciaux des Juifs, n’est-ce pas ?

-M.T.: Vous l’avez bien compris Monsieur le Président, je n’ai pas besoin de vous faire un dessin. Tandis qu’on pourfendait officiellement Israël, on commerçait en sous-main avec lui. Le bon peuple a besoin qu’on lui dise qu’on est en guerre avec les Juifs. Il est toujours content de se savoir l’ennemi de ces gens-là. Plus on lance des anathèmes contre eux, plus le pays s’en porte mieux.   

– H.B.: Vous n’avez pas eu peur d’être taxé de traître à la nation en prenant contact avec ce monsieur ?

– M.T. : Monsieur le Président, permettez-moi de vous dire que j’exerce le métier de journaliste, je voulais comprendre ce qui se passe réellement. Ma mission est d’informer. Je partage avec vous l’idée qu’Israël est un État criminel. Du point de vue journalistique, j’ai approché non pas l’ennemi mais une source d’informations. Les gens de votre génération connaissent pourtant ces notions-là. Le Colonel Amirouche avait été interviewé dans le maquis de Kabylie par des journalistes français. Idem pour Krim Belkacem et tant d’autres moudjahidine (maquisards) de la guerre d’indépendance.

– H.B : Où est-ce que vous avez appris tout cela ?

– M.T. : En tous les cas pas à l’école algérienne. J’ai lu cela, en partie, dans un livre de Saïd Sadi que j’ai recoupé avec d’autres sources.

– H.B. : Qui est ce monsieur ?

– M.T. : je n’aime pas à vrai dire cette personne, car elle vous accuse d’avoir séquestré la dépouille du colonel Amirouche. Vous auriez fait cacher son corps dans la cave d’une caserne de la gendarmerie.

– H.B. : Que Dieu ait l’âme de tous nos martyrs. Vous disiez donc que c’est Chadli qui a ouvert cette représentation …

– M.T. : C’est ce qu’on en déduit Monsieur le Président, du moment qu’il est inenvisageable que cela puisse arriver sous votre présidence.

Boumediene lâcha un soupir : vous avez raison, effectivement le monde a changé, je me rends compte que les institutions que j’ai mises en place, n’ont pas survécu aux événements et aux hommes. Le Président tapota les épaules de Merzoug, puis  sortit.

Merzoug Touati, 30 ans, a été condamné le 24 mai dernier par le tribunal de Bejaïa à dix ans de prison pour « intelligence avec une puissance étrangère ». Il avait publié sur son blog Al Hogra un entretien vidéo avec un diplomate israélien.

Larbi Graïne

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