Bouteflika, chute d’un fantôme et plan pour revenant

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Publié le 27 mars 2019

Bouteflika est finalement tombé après une mobilisation sans précédent du peuple algérien.  Cet événement est loin de répondre aux aspirations des Algériens. C’est ce que Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense nationale et chef d’État-major de l’armée semble ignorer. En tenant à lancer lui-même la procédure de destitution du chef de l’Etat pour cause de maladie, visiblement il espère voir le peuple se sentir redevable d’une faveur à son égard. En effet, selon la constitution, dans pareil cas, il appartient au Conseil constitutionnel de s’autosaisir. L’armée n’aurait pas dû  le faire à sa place.

En outre, démettre Bouteflika revient juste à reconnaître le fait que ce n’est pas lui qui gouverne. De plus, cette destitution entraîne une série de conséquences dont l’aboutissement est l’organisation d’une élection présidentielle. Toujours est-il que le départ de Bouteflika a ceci de bon qu’il va nous délivrer du grand mensonge dans lequel nous étions enfermés. Le pays va ainsi se séparer de cet être irréel et contrefait imposé par un gang de faussaires. Il va rompre avec ce cirque quotidien sous le chapiteau duquel on nous jouait une pièce infinie où le burlesque le dispute à l’absurde.

Les choses sérieuses ne font que commencer. Le peuple algérien est déterminé à poursuivre la mobilisation jusqu’à ce que le régime militaire cède le pouvoir à un gouvernement civil choisi par lui. Les maîtres d’Alger sûrement ne l’entendent pas de cette oreille.  A en croire les fuites orchestrées dans la presse, le pouvoir  jouerait la carte Liamine Zeroual.

Aussi, la seule information que l’on déduit en lisant la dernière contribution de Saïd Sadi est que le contenu de l’entrevue qu’il a eue le 10 mars dernier avec Lakhdar Brahimi aurait porté sur l’éventualité d’une nomination à la tête des futures instances de transition de l’ex-président du HCE. Comme l’ancien président du RCD ne pouvait déroger aux règles de la discrétion, il a dû être amené à présenter l’information qui lui avait été transmise par l’émissaire de la police politique comme quelque chose qu’il aurait trouvée de lui-même par l’observation. Sadi y rapportait en effet qu’un poster géant de Zeroual a été accroché sur un bâtiment de la place Audin.  

Au reste, un faisceau d’indices est venu accréditer l’hypothèse du retour du général. Son ex-conseiller, le professeur Ali Mebroukine vient de déclarer sur le site électronique TSA que Zeroual “est prêt à accepter la mission de gérer une phase de transition dans le pays s’il est sollicité par le peuple”.  C’est en replaçant les choses dans ce contexte que l’on pourrait comprendre pourquoi des partis d’opposition avaient associé  ces derniers jours dans leurs réunions d’anciens dirigeants du Front islamique du salut (FIS), parti dissous par les autorités en 1992.  Qu’on se souvienne que Zeroual avait tenté au cours de son règne de mener des négociations avec les leaders islamistes et que l’armée avait rejeté son initiative.

Ainsi  le pouvoir aurait trouvé un plan pour se régénérer : réinsérer les islamistes du FIS qui lui contestent toute légitimité, relancer une démocratie biaisée et manipulée de manière à perpétuer un chantage par l’islamisme.  Peut-être même que les généraux pensent, à terme, à opter pour une solution à la al-Sissi. Un tel scénario n’est pas fait pour déplaire à certaines puissances étrangères, très peu intéressées par une démocratisation du régime algérien.

 Le vice-Premier ministre Ramtane Lamamra  aurait peu-être dit à ses interlocuteurs étrangers que l’Algérie, en insérant les gens du FIS dans le jeu politique, souhaitait mettre fin définitivement au terrorisme.  Il aurait expliqué que les terroristes qui sont encore en activité vont tous descendre des montagnes. Il semblerait donc que la démocratie dont rêvent les Algériens n’a pas le même contenu que celle que préconise le pouvoir, lequel nous tend un piège mortel.  Il s’ensuit qu’il n’y a pas lieu pour le mouvement populaire du 22 février de s’arrêter en si bon chemin, les Algériens doivent poursuivre pacifiquement la mobilisation jusqu’à ce qu’il s’émancipe de ce pouvoir anti-national.  

Larbi Graïne      

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Cet article a 1 commentaire

  1. Maintenir la pression
    Toutes les lois ont été violées
    Pas de pardon
    Mafiocratie dehors

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