Bouteflika : du cadre à l’archive

<img src="image.jpg" alt="Abdelaziz Bouteflika" />En rejetant le 5e mandat, les Algériens rejettent le régime dans sa globalité. Ils savent que Bouteflika a été ramené par les généraux et que c’est grâce à eux qu’il s’est maintenu au pouvoir. Ils savent aussi que les généraux  se sont servis de lui (ou de son nom) et entendent se servir de lui jusqu’à sa mort. La situation rappelle celle de la Tunisie de Ben Ali. Ce pays voisin avait accédé à l’indépendance en 1956, l’Algérie y parvient sept ans après.  Neuf ans se sont écoulés depuis la révolution du jasmin et rien n’interdit de penser qu’on est à la veille d’un printemps algérien.

Publié le 28 fevrier 2019 

En ce 22 février 2019, en investissant massivement la rue, les Algériens ont fait tomber le mythe du bon président Abdelaziz Bouteflika adulé par son peuple. Partout en Algérie, le rejet du 5e mandat a été unanime. Dans le centre d’Alger la foule a décroché le portrait du chef de l’Etat qui ornait la façade du siège du RND, avant de le réduire en lambeaux. Par un curieux retournement de vocabulaire, Bouteflika fut dénoncé, d’est en ouest et du nord au sud, comme « Marocain », c’est-à-dire comme le représentant d’un pouvoir étranger lors même que le pouvoir mettait en garde contre les manipulations de la rue par les médias de sa Majesté Mohammed VI.

Le système autoritaire algérien version Bouteflika est un système qui repose fondamentalement sur l’icône que représente le chef de l’Etat. En piétinant celle-ci, le peuple algérien vient de faire s’écrouler le système tout entier. Pour surprenant que cela puisse paraitre, le pouvoir qui est étranger à sa société, croyait sincèrement que le maintien de Bouteflika à la tête de l’Etat était un gage de bonne santé. Il ambitionnait de faire passer l’infirmité du leader pour une qualité dont seuls les saints thaumaturges pouvaient se targuer. Tout dans son attitude indique qu’il a voulu faire de l’homme grabataire une sorte de marabout d’autant plus vénéré qu’il endure une maladie durable. Les Algériens pouvaient s’estimer heureux d’être gouvernés par un personnage muet et fantomatique auquel ils devraient être redevables du bonheur qu’il leur procure rien que par sa présence. Lors des apparitions aussi évanescentes que furtives, tout le monde était censé quêter la bénédiction du vénérable chef. En haut lieu, on n’a pas hésité lors des cérémonies officielles de faire représenter Bouteflika par son portrait… Réduits à voir la personne du président élevée en véritable totem, les Algériens n’en furent pas dupes. Le génie populaire a transformé en sobriquet le nom de guerre de Bouteflika. Ainsi Abdelkader al-Mali (Abdelkader le Malien) devient Abdelkader al-cadre (Abdelkader, le cadre).  Quant aux chefs d’Etat étrangers, ils pouvaient se voir refuser une entrevue comme si être reçu par Bouteflika était devenu un privilège. En outre, pour certains Bouteflika est un prophète.  A écouter Farouk Ksentini, qui puise son droit dans la zaouïa de Sidi Abed, le chef de l’Etat n’est pas tenu de prêter oralement serment s’il vient à être réélu. Selon ce défenseur des droits de l’homme à géométrie variable, rien n’interdit à Bouteflika de s’inspirer de l’ex-président américain, Barack Obama, lequel aurait prêté serment en faisant lire le texte de la prestation à un juge. Suivant la logique de cet avocat de pacotille, tout est permis pour Bouteflika, quitte à appliquer la constitution des Etats-Unis en lieu et place de celle de l’Algérie !

Depuis des années, le régime n’a eu de cesse de s’adonner à une sorte de divinisation basée sur le culte de l’image du chef-martyr qui sacrifie sa vie pour la patrie.  S’appuyant sur un maillage de la société par des milliers de mosquées, les généraux espéraient ainsi maintenir les populations dans un niveau de conscience à même de les fixer dans la croyance au père Noël. Mais, pour la première fois, ces mosquées dont il fit son instrument de contrôle sociétal, ne répondent plus. En ce 22 février désormais historique, c’est par pragmatisme que les citoyens décident de manifester après la prière du vendredi. C’est le moment idoine où beaucoup de monde serait disposés à se trouver à la fois aux mêmes endroits et en même temps. L’Algérie de 2019 a profondément changé, la guerre civile des années 1990 a finalement eu un effet structurant. Le régime politique, lui-même y a subi les contrecoups. Sorti terni par les innombrables crimes contre l’humanité, il avait toujours voulu avoir sous son toit des représentants du courant islamiste.  En réussissant à intégrer ce courant dans le gouvernement, le pouvoir politique a concouru énormément au discrédit de celui-ci. Ce compagnonnage devait, à terme, produire des contradictions constitutives du système politique algérien. La corruption qui frappait jusque-là les milieux des partis FLN et RND s’est élargie aux partis de la mouvance islamiste.  Sans vraiment le vouloir la police politique a donc démystifié  les adeptes de l’islam politique. L’islamisme a désormais ses figures de la corruption à l’image d’Amar Ghoul. Le régime labellisé Bouteflika, rassemble une galerie de corrompus transcendant toutes les obédiences. Mais, en reculant politiquement, l’islamisme s’est laissé prendre sa place par un regain de religiosité caractérisé par la méfiance à l’égard de la classe politique. La bureaucratie étatique a fait le reste. Les imams eux-mêmes commencent à être perçus autrement. A l’instar des autres catégories de travailleurs, ils avaient revendiqué une augmentation de salaire…  

En rejetant le 5e mandat, les Algériens rejettent le régime dans sa globalité. Ils savent que Bouteflika a été ramené par les généraux et que c’est grâce à eux qu’il s’est maintenu au pouvoir. Ils savent aussi que les généraux  se sont servis de lui (ou de son nom) et entendent se servir de lui jusqu’à sa mort. La situation rappelle celle de la Tunisie de Ben Ali. Ce pays voisin avait accédé à l’indépendance en 1956, l’Algérie y parvient sept ans après.  Neuf ans se sont écoulés depuis la révolution du jasmin et rien n’interdit de penser qu’on est à la veille d’un printemps algérien.

Toujours est-il, les grandes manifestations qui ont rassemblé des millions de personnes ont fait tomber le masque du président de la stabilité. Quand il est reçu à l’étranger, le ministre des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, n’a qu’un seul argument qu’il fait retourner sans cesse dans sa bouche : Bouteflika assure la stabilité. Implicitement cela veut dire qu’il incarne le rempart contre le désordre et l’insécurité. La société algérienne serait une société violente dont les irruptions cycliques sont de nature à menacer les intérêts de l’Europe.  Le gouvernement algérien a les moyens de sévir, ce dont devrait se féliciter le Vieux continent, voici résumé le message qu’on ne cesse de tenir en direction de celui-ci.  Mais l’irruption des masses populaires sur la scène politique vient de balayer ces arguties. Paris, en déclassant les archives secrètes sur Bouteflika signifie au régime d’Alger qu’il considère le président algérien comme désormais appartenant au passé.   

Larbi Graïne

 

 

 

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Cet article a 1 commentaire

  1. Bouteflika qui a essayé de jouer, premièrement sur sa proximité a ec son mentor Boumediene, pour affirmé qu’il a été éloigné, sciemment du pouvoir par l’armée et son appareil sécuritaire, les services du renseignement, a voulu jouer au victime pour terminer sa «mission» au présidant la destiné de son pays sans rendre compte à qui compte, depuis l’affaire de la Cour des compte et son départ du pouvoir en 1981-1999, son retour au pouvoir en 1999, était accepté pour se venger contre ceux qui l’ont éloigné, y compris, selon lui, pour le peuple qui l’a oublié. En acceptant le poste de président, il a laissé entendre à ceux qui l’ont sponsorisé, qu’il ne sera jamais 1/4 de président. Sa première et deuxième présidence a été une sorte de préparation à doper le peuple et jouer sur la rente pétrolière pour gagner la la conscience du peuple. Les élections presidentielles de 2004, 2009, 2014 ont été déroulées après avoir triturer en 2008, la constitution en procédant à l’ouverture des mandats présidentiels, fixés dans la constitution de 1996 à un seul renouvelé une fois. La montée spectaculaire des prix des hydrocarbures, a permis, de préparer la mise en oeuvre de projet d’infrastructures, payés ongle sur becs, pares surplus des prix de pétrole. Malade depuis son premier «cancer» en 2006, il commence à. céder certaines de «missions» constitutionnelles, à son frère cadet devenu un vice roi, officiellement «conseiller» spécial d’autres missions ont été partagée s avec des ministres, devenus, avec les changements fréquents de ministres, des conseillers spéciaux, dans un cabinet parallèle?. Toutes les réformes promises depuis les soulèvements de 2011 dans la région arabes, ont été faite s pour gagner du temps, avec des complicités étrangères, particulièrement françaises…

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