Pourquoi Ali Ghediri a séduit une partie de la classe politique ?

 <img src="image.jpg" alt="Ali Ghediri" />Publié le 16 février 2019

Dans la perspective de l’élection présidentielle d’avril prochain, le général Ali Ghediri a fait une irruption spectaculaire sur la scène politique algérienne.  Nombre de regards se sont tournés vers lui, comme s’il était le mahdi tant attendu. A l’ère du numérique, une certaine classe politique donne l’impression qu’elle peut croire encore en la baraka de Bou-Baghla et aux miracles des saints. Sinon comment expliquer qu’on puisse s’en remettre à un homme dont le CV militant équivaut à une page blanche ?  On peut être bardé de tous les diplômes du monde mais sans être en mesure d’attester d’avoir eu des idées et des convictions politiques. C’est au reste, en temps réel qu’on tente d’injecter quelques lignes dans ce CV  tout à fait vierge. On nous explique que les tribunes que le général a fait paraitre dans la presse, lui auraient valu des démêlés avec le général Gaïd Salah, chef d’État-Major de l’ANP ; d’être empêché d’assister aux obsèques du général Guenaïzia, etc., etc.

Qu’est-ce qui peut donc expliquer cet intérêt soudain pour ce candidat  dont on ignorait à peu près tout, sauf qu’il avait appartenu à l’institution militaire ?   

Il n’y a pas que l’avocat Mokrane Aït Larbi qui ait exprimé un soutien à son égard.  Zoubida Assoul, présidente de l’Union pour le changement et le progrès (UCP) et désormais ex-porte-parole de Mouwatana est tombée à son tour sous le charme d’Ali Ghediri, et ce, après avoir des journées durant, claironné son opposition au 5e mandat. Cette dame dont on admire la faconde sur la citoyenneté, avait pourtant préconisé avec ses partenaires de Mouwatana d’appeler les candidats à se retirer de la compétition dans le cas où Abdelaziz Bouteflika viendrait à s’y représenter.  Si  Soufiane Djilali semble désavouer sa décision, c’est moins pour son soutien que pour le fait que son acte risquait d’être interprété comme celui de Mouwatana dont il est le coordinateur. Plus prudent, le président de Jil Jadid affirme vouloir ne soutenir aucun candidat.

Le double jeu de Mouwatana

Finalement la candidature d’Ali Ghediri a mis à nu le double jeu de Mouwatana. Cette formation a un pied dans un clan du pouvoir et un autre dans l’opposition.  La question de l’autonomie se pose donc à propos de cette organisation qui s’échine à cultiver une certaine originalité.  A peine le général-candidat a fait connaitre ses intentions que des personnalités de ce mouvement sont montées au créneau pour se répandre en louanges sur lui.  Le rappel à l’ordre par Soufiane Djilali de Zoubida Assoul n’est que de pure forme. Lui-même, la veille, sur un plateau de télévision animé par la journaliste Layla Haddad, avait tenu des propos allant dans le même sens. Tout au moins, il avait pris le soin de ne pas présenter sa position comme un soutien déclaré au général. Soufiane Djilali relevait à propos d’Ali Ghediri que « tout le monde est effrayé parce que c’est un militaire » avant d’ajouter que ce sont les chefs d’Etat issus de l’armée qui avaient  fait progresser les choses. « Chadli a fait le multipartisme, Zeroual la limitation des mandats, mais Bouteflika, en tant que civil a transformé le pays en royaume » avait-il souligné.  Pour Ali Benouari, ex ministre délégué au Trésor, présent également sur le même plateau,  Ali Ghediri tire « son originalité de ce qu’il vient de l’armée ». Bref il ressortait du débat que le général-candidat « pourrait être le représentant du courant de l’armée favorable à la rupture avec le système en place ».

Du côté de la mouvance kabyle

Ali Ghediri a été perçu certainement de la même manière du côté de cette frange de la mouvance kabyle qui a désespéré du FFS et du RCD. Le général-candidat semble avoir entrepris en direction de celle-ci des démarches qui lui ont valu la sympathie notamment du courant anti-MAK qui rêve de la perspective d’une ouverture démocratique à même de jeter les jalons de l’autonomie de la Kabylie. Ce n’est donc pas fortuit si Mokrane Aït Larbi dont le frère Arezki s’est illustré par la dénonciation de Ferhat Mehenni, a été approché et intégré dans la campagne du général. Mokrane Aït Larbi a une expérience des émissaires du pouvoir. A la veille des événements d’octobre 1988, il fut l’une des rares personnalités du courant culturel berbère à avoir été informée par un haut responsable des services de sécurité de la « survenue imminente » de troubles. La Kabylie devait restée en dehors du désordre annoncé sous peine de voir s’abattre sur elle une répression féroce. Voilà en quoi consistait l’essentiel du message de  l’émissaire. Bien que ce dernier se fût présenté comme agissant de son propre chef, l’ancien animateur du MCB avait deviné qu’il était plutôt envoyé par une autorité supérieure car le concerné était accompagné d’une personne qui devait lui servir de témoin.  

L’élection présidentielle : un coup de bluff ou affrontement clanique ?

Le secret du succès d’Ali Ghediri ne vient pas de ce qu’il sort d’une célèbre zaouïa ou d’une illustre confrérie mais de ce qu’il vient d’un corps d’armée. On aura donc remarqué que Mouwatana n’a pas appelé au retrait des candidats comme elle s’était engagée à le faire en cas de candidature d’Abdelaziz Bouteflika.  Elle s’est contentée d’un appel à une journée de mobilisation le 24 février prochain. Le fait d’appeler au retrait des candidats, revient à appeler également au retrait d’Ali Ghediri. Or, ce dernier a expliqué qu’il n’était pas dérangé par la candidature de l’actuel chef de l’Etat. Le général-candidat a adopté une attitude qui laisse suggérer qu’il est persuadé que Bouteflika ne remportera pas l’élection. Il y a comme un affrontement clanique sur fond d’intox. A peine la candidature du président inaudible et invisible a été rendue publique, que des rumeurs concernant sa mort se sont propagées. Mais d’un autre côté, une information faisant état du soutien par Paris au 5e mandat de Bouteflika a fait le tour des médias. Or, à ma connaissance, ce genre d’information, quand bien même il pourrait être vrai, ne fuite pas dans la presse en temps réel. Ce sont des choses qui finissent par se savoir mais après dix ou vingt années. Cherche-t-on, quelque part, à provoquer le retrait d’un ou de certains candidat. s dont la participation serait jugée inadéquate avec le plan préétabli ?  Peut-être qu’en haut lieu on mise sur une bipolarisation  Bouteflika –Ghediri ?

 N’empêche, parmi les candidats connus (en dehors de ce dernier), il y en a au moins un, qui devrait se déterminer : Ali Benflis,  qui fut candidat malheureux à deux reprises.  En principe la présence de l’actuel chef de l’Etat devrait le dissuader de se représenter une nouvelle fois. S’il ne le fait pas, de deux choses l’une : ou bien il accepte de faire de la pure figuration contre on ne sait quelles dividendes ; ou bien il est convaincu, comme Ghediri qu’Abdelaziz Bouteflika sortira défait de cette élection.  Quoi qu’il en soit, au regard des derniers développements, la victoire de Bouteflika n’apparaît pas pour l’instant comme un fait définitivement acquis.     

Larbi Graïne  

 

 

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Cet article a 4 commentaires

  1. Ceux qui oublis que la volonté devine l’emportera. Doivent subirent les conséquences d’avoir miser sur un cheval non partant…

  2. تحليل منطقي

  3. Bonjour pour moi c est un candidat comme tout les algériens et c est un monsieur Il a fait partie de ce cercle de système durant plusieurs décennies et ce que le peuple algériens c est effacer ce passage de la médiocrité depuis la dépendance et non l independance de l Algérie avec ce genre de visage et nous voulons un changement radical avec de nouveaux visages de mérite.

  4. Le générale candidat est parti gagnant ,il est consensuel du moment qu’il n’affiche pas d’animosité avec le pouvoir actuel dont le candidat incertain,ainsi le bien venu général beniciera de l’électorat du président sortant, des kabiles anti autonomie, générale sérieusement le candidat mouatana à l’est,ce cenario à contrario nous donnera enfin un président élu ligitime qui s,’il voudra irra tout droit vers l’état de droit, seul canot de sauvetage à notre naufrage.

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