A quoi Nacer Boudiaf est-il le candidat ?

3 juillet 2018

Nacer Boudiaf,  fils du chef de l’Etat assassiné Mohamed Boudiaf a annoncé sa candidature à la présidentielle de 2019. Cette annonce qui a été faite à l’occasion du vingt-sixième anniversaire de l’assassinat de son père,  coïncide avec un moment de désarroi politique marqué par l’affaire de la cocaïne d’Oran.  Quelle mouche a donc piqué Nacer pour accepter de s’aventurer sur un terrain qu’il sait miné et que viennent aggraver les développements récents ?   Toujours-est-il qu’on ne sait pas suffisamment  de choses sur ce candidat, à part le fait qu’il est le fils de Mohamed Boudiaf et l’auteur d’un essai Autopsie d’un assassinat, l’Algérie avant tout, qui tente d’analyser les ressorts du crime politique qui a coûté la vie à son père. Certes, le profil psychologique de l’homme ne nous est pas totalement inconnu, sincérité dans le propos, franc-parler, émotivité, honnêteté, voilà les principaux traits qui le caractérisent. L’homme fait très bonne impression et suscite de la sympathie partout où il va en Algérie. Il subjugue aussi bien le pays arabophone dont il est originaire que les masses kabyles dont beaucoup le regardent à travers une célèbre chanson de Maâtoub, dans laquelle le chanteur  a intégré Boudiaf au panthéon berbère. Nacer Boudiaf ne laisse pas indifférent, c’est sûr. L’intérêt qu’il suscite est perceptible dans les réseaux sociaux.  Quoique dans les interviews et les articles que lui consacre la presse, il est toujours  présenté comme « fils du président Boudiaf », comme si ce trait filial était son métier.  Si moi-même j’y recours, c’est que je n’ai  trouvé nulle part son CV.  En plus de ces informations, on trouve parfois « homme politique » ou « père de trois enfants ».  Pourquoi homme politique ? parce qu’il a écrit un livre ou parce qu’il a contesté la version officielle de l’assassinat de son père ? Ou bien parce qu’il est le fils d’un politique ? Et pourtant en tant qu’homme politique l’acte de naissance de Nacer Boudiaf est  censé être déterminé par le jour même où il a fait connaître son intention de participer à la future élection présidentielle.

L’espoir avorté de Boudiaf

 Rappelons les faits historiques qui ont dû marquer à jamais Boudiaf junior. Le 16 janvier 1992, Mohamed Boudiaf revient sur la scène politique algérienne après le coup d’Etat militaire qui a emporté Chadli Bendjedid. Il se voit alors confier la présidence d’une entité collégiale le Haut-comité d’Etat (HCE). Non élu, il se laisse gagner par le souci d’une assise populaire à son pouvoir afin de contrer la chape de plomb des « décideurs ». En mal de légitimité, en dépit de son passé prestigieux dans la guerre d’indépendance, Boudiaf nourrissait l’espoir de se faire élire par l’ensemble du peuple algérien, d’où son idée de créer le Rassemblement patriotique national (RPN). Mais empreint de naïveté, son projet n’aboutit pas. Quelques mois après son retour, soit le 29 juin 1992, il est abattu d’une rafale de mitraillette alors qu’il prononçait un discours à la maison de la culture de Annaba.   

Ambition politique de Boudiaf junior

Ce qui donc semble motiver Boudiaf junior c’est de continuer l’œuvre inachevée de son père. C’est-à-dire donner forme au parti que celui-ci  n’a pas eu le temps de mettre sur pied. Depuis l’année 2011 Boudiaf junior ne cesse d’évoquer ce projet dont l’idée, selon ses dires, lui aurait été soufflée par de nombreux citoyens qu’il a eus à rencontrer partout en Algérie lors des ventes- dédicaces de son ouvrage. Aussi depuis l’assassinat de son père, on peut reconnaître à Boudiaf junior, outre un effort réflexif  sur la trajectoire du défunt président, un activisme permanent en vue d’obtenir le jugement des commanditaires de son assassinat. Cependant dans sa quête de vérité, il fait preuve de moins de retenue que la sœur de Matoub dans son combat visant à exiger un procès véritable pour son frère. On le voit apparaître sur les écrans de télévision réprimer des pleurs, s’épancher sur sa douleur et sa blessure, hurler des noms de ceux qui seraient les commanditaires du meurtre abject de son père.  Tout ce temps passé à réclamer justice à un régime opaque et aphone a dû faire bourgeonner en lui le sentiment d’être devenu l’homme politique à même de laver l’affront fait à son père.  Il faut croire que l’ambition politique naît de blessures mal refermées. Mais Boudiaf junior n’a pas comme son père un passé militant ni d’opposant. On ne lui connaît, du reste, aucune expérience politique.  Or aucun homme politique digne de ce nom ne peut croire un instant en une élection dans un pays déserté par la politique. Cela fait plus de dix-neuf ans qu’Abdelaziz Bouteflika est au pouvoir. Même si sa reconduction au titre d’un cinquième mandat est sérieusement compromise, voire définitivement écartée ; la compétition politique n’en reste pas moins verrouillée.  La police politique contrôle les agréments délivrés aux formations politiques. En violation de la loi, des demandes d’agrément adressées par certains acteurs au ministère de l’Intérieur sont restées lettres mortes. C’est dire que la candidature de Nacer Boudiaf paraît procéder d’un compromis, peut-être tacite, entre d’une part, un pouvoir ayant grand besoin de faux compétiteurs pour animer une élection jouée d’avance et qui s’annonce en tous points de vue morose et sans enjeu et d’autre part, une personnalité médiatique qui brûle de constituer son parti pour entamer une carrière politique. Au final, la décision de Nacer Boudiaf de participer à la présidentielle de 2019 fait douter des capacités analytiques de celui-ci. Comme dit le proverbe, l’expérience des pères est presque toujours perdue pour les enfants.   

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Cet article a 1 commentaire

  1. Bien vu.en parlant de cv en Algérie je n’ai jamais eu connaissance des cv des ministres ou autres politiciens qu’ une fois élus.Vous très exigeant envers boudiaf nacer c est très bien ce qui est regrettable est que vous ne l ayez pas fait avant

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