Le 5e mandat, un titre à haut risque côté en bourse

Publié le 30 août 2018

Tel qu’il s’esquisse le 5e mandat de Abdelaziz Bouteflika semble être sujet à fluctuation comme s’il s’agissait d’un titre côté en bourse. Le cours du 5e mandat a, en effet connu au gré des déclarations des différents responsables politiques, une variation en dents de scie. La valeur du titre, suivie de très près par la presse, monte en flèche chaque fois qu’une personnalité du sérail fait allusion au sujet ; et retombe très vite aussitôt qu’une voix dissonante introduit une note de scepticisme.

C’est incontestablement Abderrezak Makri, président du MSP, qui a exprimé le mieux l’idée de la volatilité du 5e mandat lorsqu’au mois de juillet dernier, il avait publiquement déclaré que l’éventualité de la reconduction de Bouteflika à la tête de l’Etat s’est « éloignée ». Makri avait alors expliqué le « recul du 5e mandat » en usant d’un argumentaire proche de celui des banquiers. C’est tout juste s’il n’a pas pris l’affaire de la cocaïne d’Oran, à l’origine d’une série de purges dans les corps de sécurité ; comme une affaire obéissant à la loi de l’offre et de la demande. Ce chef dont le parti avait prospéré sous la logique de ses liens avec le gouvernement, a lancé un appel à l’armée pour soutenir une période de « transition démocratique ». 

Ces rapports qui nous parlent de l’armée

On ne sait pas ce qui se passe dans l’armée. Des « rapports » censés avoir été élaborés par tel ou tel organisme à l’étranger, circulent dans la Toile mais ils ne nous apprennent rien que nous ne sachions déjà. Dans le fond, quelque soit le pays dans lequel ils auraient été rédigés, ces « rapports » relatent la même histoire. Il s’agit d’une lutte souterraine entre les services secrets et le « clan présidentiel » incarné par le duo Gaïd Salah, chef d’Etat-major et Saïd Bouteflika, frère cadet du chef de l’Etat.

Les services secrets y sont représentés non pas par Tartag, mais par le général Toufik dont on souligne qu’il a laissé derrière lui ses réseaux actifs. Malgré sa religiosité proverbiale et avérée, l’Algérien croit beaucoup aux djinns, aux esprits malfaisants et autres revenants.

L’on fantasme donc sur un Rrab Dzayer (Dieu de l’Algérie) dans un pays où il n’existe aucun chef véritable, où les clans et leurs leaders se font et se défont au rythme des situations et du temps. Tout se passe comme si l’Algérie faute d’avoir un patron incontesté ne méritait que des chefs fantomatiques, dont les spectres errent entre la vie et la mort. Les Algériens se demandent si ceux qui les gouvernent connaissent ce qu’est la politique. Aucun Algérien ne croit le général Gaïd Salah lorsqu’il affirme qu’il reçoit ses ordres du président de la République. Par le seul fait que ce dernier nie la maladie du chef de l’État, personne en Algérie, ne le croit également quand il affirme que l’armée ne fait pas de politique. Les Algériens, qui ne sont pas dupes, ont en déduit que ce sont les généraux de l’armée qui empêchent l’alternative en  maintenant à son poste un malade aphone périodiquement évacué pour des soins à l’étranger.

Dans la conjoncture actuelle marquée par les mouvements de personnel opérés sur l’armée algérienne, les rapports qui, soi-disant,  nous parviennent de l’étranger, peuvent peut-être décrire une situation décalée par rapport au présent. La recomposition du personnel militaire de haut rang n’est-elle pas la résultante d’un accord qui aurait été conclu récemment entre les deux centres de décision qui se disputent le contrôle du pouvoir ?  

 Abderrezak Makri, qui avait rencontré au cours de l’été plusieurs partis politiques dont certains sont des succursales de la police politique, a peut-être, sans le vouloir, établi le pont entre les deux pôles belligérants pour une transition clanique. Le système politique algérien, pour reprendre une formule déjà usitée, est capable de mouvements rien que pour préserver le statu quo. Quoi qu’on en dise, dans l’hypothèse d’un 5 e mandat, cette solution demeure à haut risque et continuera certainement à se heurter à des fluctuations dont les traders risquent de ne pas s’en sortir indemnes.       

Larbi Graïne 

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